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la revue Plaisir de France N° 147 de Janvier - Fevrier 1950

Texte extrait de la revue Mobilier et Decoration N° 2 de 1954

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En 1933 il obtint le prix Blumenthal de la décoration. Nouveau venu dans la capitale, il constatait la vogue du « rationalisme » ; éprouvant que ce genre pratiqué avec fanatisme ne pouvait aboutir qu'à la stérilisation de l'art du meuble, il décida de ne pas s'engager dans une mode contraire aux belles règles de la construction.

Brusquement Arbus reçut la révélation des purs assemblages, et cette lumière lui vint du sentiment de l'architecture, qui lui est naturel. Dès lors ses oeuvres reçurent un pouvoir de sérénité et un air de grande dis-tinction.
Les pièces très précieuses et robustes, comme établies par un architecte maître de l'oeuvre, sont logiquement pourvues ( plus précisément des meubles d'appui ) du soubassement, de la façade, de l'entablement, des ornements de sculpture, de peinture qui rehaussent l'éloquence des volumes d'ébénisterie.

Cette façon de concevoir un meuble conquit le public, car on vit que les arguments du confort de l'âme complétaient les commodités du confort physique. Rapidement s'amorça le mouvement qui fit oublier le plus irrationnel des « rationalismes ». Des modèles d'Arbus naquit un style, et maints jeunes décorateurs, depuis quelques années, contribuent par leurs variantes à le répandre.

Par la curiosité intellectuelle de toutes choses, la vivacité de ses vues, Arbus atteint à cette qualité universelle de l'entendement. C'est la raison qui se révèle, en définitive, son caractère prépondérant, une raison remuante en quête des solutions de beauté.

Le mélange de logique et de verve délicate situe Arbus dans la famille des classiques français. Il ne projette pas un retour tactique vers l'époque décorative du XVIIIe siècle, mais, héritier des vertus d'une illustre lignée, il tente, avec sa pensée originale et ses moyens d'homme du xxe siècle, d'assurer la continuité de leur ouvrage, lequel, aussi bien, se référait à d'antiques recommandations.

Il faut bien s'en convaincre, la tradition n'est pas une invention des hommes, elle existe, s'impose et conduit leur destin en dehors de toute volonté.

Ayant pensé la structure de ses meubles en architecte, Arbus devait adapter sa faculté dominante à de plus vastes plans et, tout en poursuivant ses travaux d'ébéniste, il avança dans la construction des édifices. Le même goût de la mesure classique forma l'ordonnance des thèmes nouveaux. Ses premières oeuvres furent la Maison de la famille française, à l'Exposition de 1937, et un palais dressé au Salon des Artistes décorateurs (1939).
-   En 1942 il construisit, avec la collaboration de Lucien Rollin, plusieurs mas dans les prairies de la Crau ; ces demeures paysannes, de proportions nettes et élégantes, expriment le charme âpre de la Provence.
Les travaux d'un chantier grandiose retiennent aujourd'hui ses soins. Sur l'îlot du Planier, dangereux piton émergeant à 15 milles de Marseille, s'élèvera en pierre de Cassis le phare le plus puissant de la Méditerranée. André ARBUS en est le maître d'oeuvre.

La tour portant le signal lumineux a l'aspect d'une colonne géante.
Auprès, étendu sur l'îlot, le bâtiment des gardiens expose sa façade marine aux lourds bossages.
La plus récente information sur l'activité d'Arbus garde l'accent maritime. Après le phare, le navire. Arbus est requis comme architecte et décorateur d'un grand paquebot, en construction à Newcastle, qui fera la ligne de l'Amérique du Sud.

Plusieurs thèses s'affrontaient dans le domaine maritime : l'une consistait à faire oublier au passager qu'il était sur un navire ; on s'ingéniait à lui cacher la mer, à lui donner l'illusion de vivre dans un palais, ou dans un palace français ou exotique.

Il est intéressant de voir ce qu'un esprit neuf abordant la marine va faire sur un navire et comment aussi il va concilier ses desseins avec les impératives sujétions édictées par les ingénieurs : faible hauteur des plafonds, résistance aux déformations, incurvation des ponts, protection contre l'incendie, etc.

L'étendue du registre créateur d'Arbus va se révéler en cette circonstance ; les éléments divers du décor (lustres en verre de Venise, rampes en ferronnerie, appliques, etc.) seront, comme les meubles, conçus par lui en vue de l'harmonie de l'ensemble.

C'est toujours en partant de haut, c'est-à-dire d'un domaine spirituel, qu'André ARBUS, conduit par une raison classique et le sens de l'architecture, entreprend son oeuvre jusqu'au point où l'appareil utile devient pour le regard un objet de délectation.

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Texte : marcel Zahar
Photos : Jahan

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